- Jeudi 29 juillet 2010
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L'arbre généalogique du Poker
Les ancêtres du Poker sont tous des jeux dits « de renvi », c'est-à-dire d'enchères et de surenchères. Supprimez les enchères et ces jeux n'ont plus de raison d'être.
Le Glic a été décrit au XVe siècle par François Villon (1431-1463), poète français à la vie romanesque. On y joue à 2, 3 ou 4. Comme au Poker, il s'agit de former la plus forte combinaison, et on procède aussi à des enchères, mais il n'y a pas de change de cartes.
Il est concurrencé à la même époque par le Flux. « Flux » a inspiré « flush » en anglais, ou l'inverse.
Le Poch est un jeu allemand et se pratiquait avec un tableau spécial, dès le XVe siècle. Ce jeu comporte à la fois la notion d'atout, d'enchères et de combinaisons comme paire, brelan et carré.
Le Brag est apparu au XVIe siècle. Chaque joueur reçoit 3 cartes et essaie de former 5 combinaisons : le prial (brelan), le flush run (quinte monocolore), le run (quinte multicolore), le flush (main monocolore) et la paire. Une superbe partie de Brag a été portée à l'écran, dans le film Arnaques, Crimes et Botanique (Guy Ritchie 1998).
Le Prime (Primero en Italie) a été beaucoup joué dès la fin du Moyen Âge jusqu'au XVIIe siècle. C'est à ce jeu que semblent s'adonner les joueurs du « Tricheur à l'As de carreau », célèbre tableau de Georges de la Tour.
Le Gay est un jeu cité par Rabelais et dont un des dérivés les plus populaires au XVIIe siècle était le Gilet. Il se dispute entre 4 joueurs dotés chacun de 3 cartes. Chaque phase s'accompagne d'enchères.
Le Brelan fait son apparition au XVIIe siècle sous sa forme adaptée aux cartes à jouer. Chaque joueur reçoit 3 cartes, après quoi ont lieu des enchères, sans échange de cartes. Les joueurs peuvent s'aider d'une retourne qu'ils font entrer dans leur main (ancêtre du « flop » actuel !).
L'Ambigu était contemporain du Brelan. On utilisait un jeu de 52 cartes privé de ses figures, ce qui totalise 40 cartes. La main finale comporte 4 cartes et se constitue par étapes, entrecoupées d'enchères.
L'As nas est un jeu perse du XVIIe siècle. On y joue avec 20 cartes réparties en 5 couleurs. Quatre joueurs reçoivent chacun 5 cartes. On a longtemps considéré que l'As nas était l'ancêtre direct du Poker. On sait maintenant que c'est faux. Mais de tous les jeux présentés ici, c'est le seul, avec le Poque, qui comporte des combinaisons de 5 cartes, comme au poker.
A la Poque, apparu au XVIIIe siècle, chaque joueur reçoit 5 cartes, dont la dernière désigne l'atout. Deux phases ont lieu : les paris sur la poque (combinaison) puis les paris sur les séries (suites et familles d'atout).
La Bouillotte est apparue à la fin du XVIIIe siècle, au moment de l'interdiction du Brelan sous le Directoire de Napoléon Bonaparte. On y joue à 4 en amputant un jeu de 32 cartes des Sept, des Dix et des Valets (20 cartes). Avant le coup, chaque joueur mise un enjeu puis reçoit 3 cartes. Pour relancer, il doit doubler la mise précédente. C'est la seule relance autorisée en-dehors du « va-tout », relance de la totalité des jetons du joueur (le « all-in » du Poker no limit actuel).
Le Post and pair, ou Pink, était le jeu préféré du premier président des Etats-Unis, George Washington (1732-1799). Il était moins populaire mais assez répandu y compris en Europe pour être cité par Victor Hugo (1802-1885), écrivain français majeur du XIXe siècle, dans William Shakespeare (1863) :
« Tandis que les acteurs gesticulaient et déclamaient, les gentilshommes et les officiers, avec leurs panaches et leurs rabats de dentelle d'or, debout ou accroupis sur le théâtre, tournant le dos, hautains et à leur aise au milieu des comédiens gênés, riaient, criaient, tenaient des brelans, se jetaient les cartes à la tête, ou jouaient au post and pair; et en bas, dans l'ombre, sur le pavé, parmi les pots de bière et les pipes, on entrevoyait "les puants" ("stinkards"). Ce fut par ce théâtre-là que Shakespeare entra dans le drame. »
